Denis Labayle répond à nos questions au sujet de "Noirs en blanc", son roman paru aux éditions Dialogues.
Dans Noirs en Blanc, vous décrivez la vie de Zola Méké, ce Congolais qui veut devenir médecin. Comment ce personnage, si attachant, que l'on suit de ces 12/13 ans à ces presque 30 ans, vous est-il venu à l'esprit ?
Noirs en Blanc est une fiction fondée sur des évènements authentiques. L’histoire du héros, Zola Méké, est inspirée de témoignages recueillis auprès de médecins africains travaillant dans nos hôpitaux. J’ai collaboré avec eux, je les ai écoutés, j’ai découvert leur incroyable odyssée.
Vous mettez en scène le régime communiste de Castro, l'île de la Jeunesse à Cuba, la vie à Saint-Pétersbourg, le microcosme d'un hôpital parisien, le pouvoir corrompu au Congo. Comment fait l'écrivain pour s'approcher au plus près de la réalité, en décrivant des lieux si différents ?
Ce roman comporte trois parties correspondant aux étapes de la vie du héros : son adolescence à Cuba dans les années 80 ; sa vie d’étudiant à Saint-Pétersbourg lors de la chute de l’Union Soviétique ; enfin, son exercice de la médecine…, mais où ? En France ou en Afrique ? Tel est le dilemme.
Je suis depuis longtemps fasciné par l’Afrique et je connais de nombreux pays africains. Je me suis rendu à Saint-Pétersbourg et j’ai enquêté à Cuba sur cette Île de la jeunesse qui accueillit, dans les années 80, jusqu’à quinze mille collégiens venus du monde entier. Une histoire étrangement méconnue !
Zola n’a pas eu une vie facile. Il ne fait pas bon être noir partout... C'est là une des tristes réalités dont on se rend compte à la lecture de votre livre. Y a-t-il, en filigrane, comme un message secondaire, une volonté de dénoncer les a priori fondés sur les couleurs de peau ?
L’Afrique n’est pas sortie de ses misères. À l’exploitation de ses ressources naturelle s’ajoute la fuite des cerveaux, un phénomène dramatique pour l’avenir de ce continent.
Émigré, l’Africain se trouve confronté, dans certains pays, à un racisme particulièrement violent. Pas seulement au mépris, mais à une réelle violence physique. Il n’y a pas dans ce roman la volonté de transmettre un message précis. Seulement décrire une réalité parfois cruelle.
Les personnages secondaires revêtent, une place fondamentale, myezi, Papa Guillaume, Samuel, Albert... Ils sont nombreux et dessinent au fur et à mesure toute la vie de Zola. Comment se sont-ils glissés dans le récit ?
Ce roman n’est pas seulement l’histoire de Zola Méké, mais également l’aventure de quatre amis –deux garçons et deux filles-, embarqués dans la même galère, qui se rencontrent au collège de l’Île de la Jeunesse, se séparent, se retrouvent. Certains destins sont tragiques, marqués par un engagement politique qui les mènera à l’exil définitif ou à la mort.
Quant aux autres personnages, ils participent à l’évolution psychologique des quatre amis. Le plus important, Guillaume Pernec, alias Papa-Guillaume, est un ingénieur idéaliste travaillant à Cuba. Il joue pour Zola un rôle paternel. Parfois trop paternaliste à son goût…
Finalement, "Noirs en Blanc" apparaît comme le roman d'un Africain qui veut devenir chirurgien, mais aussi comme celui d'un enfant qui devient adulte. Peut-on dire de lui qu'il est un roman d'apprentissage ?
Sur un fond sociologique, "Noirs en blanc" est avant tout une histoire sur l’apprentissage de la vie, sur l’amitié entre quatre adolescents devenus adultes, sur la découverte de l’amour, sur la fidélité à ses promesses d’enfance, sur la difficulté de choisir entre ses racines acquises et ses racines naturelles…
Certes il s’agit d’un roman sur ces nombreux médecins africains venus soigner dans nos pays développés, mais également un roman sur la jeunesse et ses interrogations…