La part de l'homme

La part de l'homme

Kari Hotakainen

JC Lattès

  • 15 mai 2012

    La Finlande vue ... de l'intérieur !

    Suivre l'évolution de la société finlandaise à travers un roman qui sonde la vie d'une femme, Salme, ancienne mercière d'environ 80 ans, qui vend l'histoire de sa vie, de ses 3 enfants, devenus adultes, à un écrivain en manque d'inspiration.

    On scrute le chômage, l'ambition, le racisme, la consommation, les mensonges, etc. avec une certaine dose de cynisme : comment en sommes-nous arrivés là ?
    En alternant récit et cartes postales, on touche du doigt ce que chacun perçoit de la réalité (mère/enfants, mari ...), les points de vue autour de ce que l'on conçoit en Finlande notamment.
    La fin du roman est plus intense et moins naïve que le début mais l'inégalité du récit n'est pas trop encombrante grâce à la voix de Salme.

    "Le pays est devenu tellement étrange que même un finlandais s'y sent comme un étranger", voilà comment Kari Hotakainen décrit son pays.
    Prix Courrier International du meilleur roman étranger, l'héroïne n'aime pas les écrivains à l'inverse du grand respect qu'ont les finlandais pour ceux-ci...
    1er livre d'une trilogie dont le 2d volet vient de sortir en Finlande ! à vos dictionnaires ...


  • 29 mars 2011

    Finlande. Années 2000. Lors d’une foire aux livres à laquelle l’a traînée sa fille aînée Héléna, Salme Malmikunnas rencontre un écrivain qui lui propose de lui donner de l’argent en échange du récit de sa vie. La vieille femme accepte – non sans avoir négocié à la hausse – de confier « sa » vérité à l’auteur. Elle lui raconte, en vrac, son passé de mercière, les relations difficiles avec son mari mutique, le malheur qui s’est abattu sur Héléna, le mariage de sa cadette avec un africain et les succès professionnels de son fils…

    Dans cet échange – qu’on pourrait qualifier de dupes car Salme ne dit que ce qu’elle veut et l’écrivain utilise cette matière à sa guise – c’est un portrait au vitriol de notre monde occidental et de la Finlande actuelle qui est dressé. La part de l’homme… Quelle est-elle quand le néo-libéralisme écrase tout sur son passage? Quand la machine à faire du fric broie des vies pour faire encore plus d’argent? Quand d’honnêtes gens se retrouvent au chômage sans raison, condamnés à aller de supermarché en supermarché, pour profiter des dégustations gratuites? Quand les frères et sœurs d’une même famille vivent isolés les uns des autres, sans curiosité, sans affection, sans entraide?

    L’auteur aborde parfois de manière très abrupte et directe les maux de notre société. D’abord à travers Salme qui vend littéralement sa vie. Combien vaut une vie? Là est toute la question… Ensuite, par le biais de Kimmo, emblème de la « réussite sociale » mais qui erre, dévasté et impuissant depuis qu’il a tellement d’argent qu’il n’a plus besoin de rien faire. Enfin, à travers Sini, emblème de ces enfants littéralement « écrasés » par un système qui ne suit que ses propres lois…

    J’ai retrouvé dans l’écriture de Kari Hotakainen une certaine parenté avec celle d’Arto Paasilinna : une manière sèche et sans fioritures de décrire le monde et ses travers. Une écriture sans illusions sur l’humain mais qui ménage malgré tout un peu d’espoir à la fin. Un roman sombre et déroutant mais qui atteint parfaitement son but : dénoncer avec force une société qui dévore ses propres enfants. A mettre en parallèle avec le livre de Thierry Beinstingel – Retour aux mots sauvages : deux manières très différentes d’aborder un même problème.


  • 24 février 2011

    Salme est une ancienne mercière à la retraite. Elle rencontre par hasard un écrivain en manque d’inspiration qui lui propose un marché. Lui raconter sa vie contre de l’argent pour en faire un livre. Une proposition folle, insensée aux yeux de Salme. Mais celle ci a besoin d’argent et elle estime que sa vie vaut un prix plus élevé. Elle accepte de tout lui raconter contre 7000 Euros. Salme, mariée, mère de trois enfants lui promet de lui dire que la vérité.
    Avertissement : si vous cherchez un livre qui vous livre un aspect tout rose et tout lisse de la Finlande passez votre chemin…


    Quel livre ! J’étais loin, mais vraiment très loin de m’imaginer que cette lecture allait me troubler à ce point. Le hasard amène Salme à rencontrer un écrivain. Le marché est simple : lui raconter sa vie contre de l’argent. Elle décide qu’elle ne dira pas tout et fait promettre à l’écrivain de n’écrire que ses propres paroles. Après tout, elle peut lui parler de son ancien commerce, de son mari Paavo et de ses trois enfants qui ont réussi leur vie. Comment elle et son mari ont gagné honnêtement leur vie, élevé et inculqué des valeurs à leurs enfants. Une vie qui semble lisse, parfaite, idéale même. Mais l’écrivain se questionne sur la véracité du récit de Salme. On découvre que son mari Paavo s’est enfermé dans un mutisme et que ses trois enfants Helena, Pekka et Maija n’ont pas si bien réussi. Salme est une personne foncièrement honnête qui ne comprend plus la société actuelle. Un monde où le profit et le libéralisme conduisent à toutes les dérives. Ses propres enfants y ont contribué et en sont victimes à leur tour. Helena et Pekka sont deux êtres laminés, essorés par ce système. Est-ce le récit de Salem qui nous est livré ou l’écrivain y a t’il apporté une part de fiction ? On en sait pas par contre sans en dire de trop, on est bousculé, saisi par cette histoire où finalement tout s’imbrique.

    Il s’agit d’un livre dense remarquablement bien mené ! L’auteur nous pousse dans nos retranchements, nous amènent à nous questionner sur le monde dans lequel nous vivons et auquel nous participons. Ca percute, ça clashe !
    L’auteur nous met face à nous même avec beaucoup de sarcasme. Il s'agit d'une lecture riche en réflexions sur des sujets qui ne peuvent pas laisser le lecteur indifférent.

    Les personnages sont dirigés d'une main de maître. Rien n'est innocent ou laissé au hasard et la fin m'a laissée sans voix...