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Conseils de lecture

21,10
par
30 janvier 2012

Elsa ancienne professeure et pédopsychiatre est atteinte d’un cancer. Elle préfère rentrer chez elle auprès de son mari Martii peintre renommé que de rester en soins palliatifs. Pour profiter encore de la vie et de sa famille. Comme pour prolonger ces choses qu’elle a aimé, elle propose à Anna, une de ses deux petites-filles de se déguiser et de prendre le thé comme quand Anna était enfant. Anna découvre une robe qui n’était ni à sa grand-mère ni à sa mère Eleonoora. Elsa lui raconte à qui appartenait cette robe et lui dévoile un secret.


Elsinki, Années 1960: Martii est au tout début de sa carrière d’artiste peintre et Elsa effectue de nombreux déplacements pour ses travaux d’études sur les enfants. Eeva étudiante est employée par le couple pour s’occuper d’Eleonoora lorsqu’Elsa s'absente. Ce qui n’aurait pas dû se produire arrive, Martii et Eeva tombent amoureux. Vous comprendrez qui est la propriétaire de la robe retrouvée par Anna. L’erreur serait de croire que ce roman ne parle que de cette histoire d’amour ! Car avec une écriture posée, Riikka Pulkkinen nous dépeint des sentiments forts comme le sont la peur de la mort, le vent de liberté et d’indépendance durant les années soixante, l’envie d’Elsa de mener de front sa carrière professionnelle et familiale, les liens entre les membres de cette famille. Sans compter qu'avec habileté, elle se glisse dans la peau de plusieurs personnages tout au long du récit. Des personnages humains, touchants à qui elle a su insuffler une densité et une profondeur. Et, puis il y aussi cette faculté à décrire si justement Martii et Elsa au début de leur vie de famille et cinquante ans plus tard avec ce que la vie leur a apporté.

Alors, c’est vrai je pourrais continuer à vous énoncer toutes les qualités de ce roman mais je vous dirai juste qu’il est très beau sur toute la ligne ! Riikka Pulkkinen nous offre une histoire prenante avec sensibilité et beaucoup de talent !


Bathany, Jean-Pierre

Sixto

par
29 janvier 2012

La première bande dessinée des éditions Sixto

« L'Ange noir » est le surnom de Judith Mérieux,
avocate au Barreau de Nantes, dont les plaidoiries
en ont fait pâlir plus d'un. Et quand on finit sous les
verrous, même le plus beau des anges vous paraît
funeste. L'avocate ne prend cependant pas sa
réputation au sérieux, pas plus que les lettres de
menaces qu'elle reçoit depuis quelque temps déjà.
Un matin, elle est retrouvée assassinée dans son
bureau. Aurait-elle payé de sa vie une rancoeur
tenace ?
Jérôme Mathé est passionné de rock et de cinéma,
et surtout de bande dessinée. Ses premiers travaux
portaient sur la science-fiction et la contre-culture.
Avec cet album, il s'approprie les codes du polar.

« Mathé dessine sa ville plus vraie que nature au fil des pages haletantes de L'Ange Noir. »
Presse Océan

« Un style graphique original (…), on pense côté visuel, à certains comics, et en particulier à Queen & Country de Greg Rucka. »
Bédépolar

« Rebondissements et fausses pistes comme on aime (…), des persos bien typés. Il y a aussi le rideau final qui s'emballe tellement qu'on se demande comment le scénar trouvera sa fin. »
Mauvais Genre


14,00
par (Libraire)
29 janvier 2012

Bouleversant

Je viens de finir le Enola Game de Christel Diehl et je suis resté scotché. C'est un roman d'une puissance narratrice rare. L'intensité monte au fur et à mesure des pages. L'atmosphère inquiétante , le climat lourd , les doutes, l'angoisse, l'attente, la méfiance, la mélancolie, les souvenirs, l'espoir sont autant de thèmes que Christel Diehl traite avec brio et sobriété. Pour un premier roman c'est une réussite. C'est un texte ramassé qui appelle au devoir de mémoire, qui touche notre propre histoire culturelle et qui en peu de pages dit
l'indicible. Il m'évoque le magnifique livre de Luciano Bolis : Mon grain de sable. On ne peut rester indifférent à la détresse de son personnage, à cette femme à la fois forte mais dont les certitudes s'ébranlent à l'image d'une feuille de papier qui brûle petit à petit.
Un grand livre bouleversant.


20,00
par
29 janvier 2012

Dieu créa le monde en automne

Après les Saisons brûlées des poètes du XXe siècle, destins condensant les convulsions de ce fragment de l’histoire du monde occidental, le dernier livre de poèmes de Jean-Claude Masson revient à la chronique tumultueuse et aux riches heures des monastères de jadis. Mais s’il peut apparaître comme un lointain écho, très contemporain, des récits de Jacques de Voragine, une nouvelle légende dorée des frères prieurs ou bâtisseurs, fondateurs des ordres de la chrétienté, le Livre d’heures du bois d’automne se veut avant tout méditation lyrique sur les Psaumes et dialogue avec d’autres poètes en quête de spiritualité. Aussi cette « hagiographie » problématique, et à rebours de notre temps, interroge-t-elle de manière poignante la réalité de notre époque qui ne veut plus trop savoir ce qu’elle fut, ni qu’elle fut par l’esprit.

De saint Augustin à Hildegarde de Bingen ou Cyprien de Kiev, de Bernard de Clairvaux à Thérèse d’Avila, pour n’en citer que quelques-uns, sans oublier les anonymes dont l’existence fut aussi une chrysalide d’espérance et d’humilité, sont convoqués tous ceux qui avaient compris « l’urgence de l’appel », « le présent pur de la divinité », l’art de savourer chaque détail du monde sensible comme un gage d’éternité.
Ces évocations sont ponctuées d’exhortations à retrouver la faculté perdue sans laquelle notre vie risque de sombrer dans la destruction ou l’insignifiance : « Si vous ne désirez pas Dieu jusque dans votre / quignon de pain, vous ne le verrez mie, / non plus que dans votre prochain » (Poème 103).
Ainsi, après les fougues parfois cruelles du printemps (Le Testament du printemps, Gallimard, 1991) et les brûlures de l’été (Les Saisons brûlées, tombeaux pour un siècle, Garamond, 2000), Jean-Claude Masson nous suggère-t-il avec cette longue évocation de la spiritualité du Moyen Age, et les questions qu’elle nous pose encore, que, peut-être, « Dieu créa le monde en automne ».


20,50
par
28 janvier 2012

Un léger déplacement - Marie Sizun

Depuis 2005, Marie Sizun poursuit allègrement sa carrière d’écrivain à la plus grande satisfaction de son fidèle lectorat. « Un léger déplacement » est son sixième livre, un roman très dense, publié le 5 janvier 2012 chez Arléa.

Novembre 2000. C’est au cœur de la nuit. Dans l’avion. Ellen, l’héroïne, reprend connaissance après un étrange malaise, une sorte de vertige ou tout simplement « un léger déplacement dans un espace intérieur inconnu, … sorte de « petite mort » très douce étonnamment paisible ». Personne n’a rien vu. Elle s’est réveillée dans un sursaut, « le cœur battant la chamade ».

Dans une heure, elle sera à Paris, dans un Paris qu’elle a quitté, il y a trente-cinq ans, au temps où elle s’appelait Hélène. Mme Zollmacher, la deuxième femme de son père, est morte et l’appartement sis rue du Cherche-Midi lui revient de droit : régularisation de son héritage. Son mari, un Américain, Norman, est resté à Manhattan pour tenir leur petite librairie française. Chez elle, depuis son mariage, c’est New York. « Paris, c’est l’autrefois » : cet appartement à l’abandon, c’est tout ce qui lui reste de ses parents, de son enfance et même de sa jeunesse, un ensemble de souvenirs plutôt tristes.

En ce matin de novembre, l’avion atterrit. Ellen est très émue, « des larmes lui montent aux yeux, des larmes de joie… ». Elle est en France ! Elle se réjouit de reprendre le métro parisien, de retrouver « son inoubliable parfum de poussière et de mélancolie, la volupté qu’elle éprouvait à humer, enfant, les bouffées d’air chaud »… Elle semble vivre hors du temps et une foule de souvenirs l’assaillent : elle retrouve « sa mémoire sentimentale de Paris ». Joie mystérieuse du retour. Au sortir de la station St Placide, rue de Rennes, c’est un éblouissement : rien n’a vraiment changé. Elle arrive enfin rue du Cherche-Midi : l’appartement est là au deuxième étage d’un vieil immeuble bourgeois plutôt défraîchi… Bruit familier de la porte qui grince, cette fois elle y est. « Chez elle ? Non ! chez la petite Hélène de vingt ans ». Comme l’appartement lui paraît étriqué ! Et voilà le passé qui déferle avec une violence inouïe. Dans la pénombre, « elle éprouve une sensation de dédoublement ». Surgit l’image d’elle, petite fille qui perdait toujours ses clés, réprimandée par Mme Zollmacher… « Une garce, sa belle-mère », peu attirante, cette Ida Zollmacher, avec la vieille senteur âcre, entêtante de ses cigarillos. Le père d’Hélène l’avait épousée après la mort de sa première femme, elle était la comptable du magasin qu’il gérait, elle arrivait avec son fils, Stéphane, « un gros garçon de trois ans »… Le père avait converti le bureau en nursery ; autrefois, il avait été quelqu’un de gai, riant, racontant des histoires, jouant avec sa fille, couvrant sa femme de cadeaux, la première, « la vraie », celle qui était tombée brusquement malade mourant quelques mois plus tard… Il était devenu taciturne, encore tendre dans ses gestes mais silencieux… Son ancienne voisine, Mme Berthon, maintenant âgée de quatre-vingts ans, viendra longuement rendre visite à Ellen et l’aidera à comprendre son passé.
Soudain, Ellen, saisie par une indéfinissable sensation d’étouffement, éprouve le désir d’aller revoir les rues d’autrefois. Comme avant, « elle aime la tombée de ces soirs de novembre » dans le fracas de la circulation. Elle est attirée par « un îlot magique » où elle reconnaît le café Sèvres-Raspail . A l’horizon de ses pensées, se profile l’image si longtemps occultée de « l’été des commencements » : elle avait dix-huit ans, ils s’étaient rencontrés pour la première fois dans ce café. Elle préparait l’oral du bac. Lui, cinq ans de plus qu’elle, avait terminé ses études. Ivan était très beau, « un drôle de garçon, très grand, qui ne ressemblait à personne ». Amoureux chastes, ils ne « faisaient pas l’amour. Ils s’aimaient, croyait-elle »..
Tous les souvenirs d’Ellen , « fragiles fantômes du passé », s’imbriquent étrangement. Elle retrouve les images d’un bonheur extraordinaire, avec Ivan, elle se promenait dans Paris, au Louvre, au Musée d’Art moderne ou dans les Galeries de la rue de Seine, avec lui, « la petite fille du Cherche-Midi » découvrait la peinture avec émotion. Rejetant radicalement tout ce qui touchait à sa vie de famille, Hélène vouait à Ivan « un violent amour d’enfant », un amour qui devait « infléchir le cours de sa vie », et dont le souvenir, aujourd’hui, s’impose à elle avec une force étonnante.
Beaucoup de suspense dans ce beau livre ! Je laisse au lecteur le plaisir de découvrir la suite.

« Un léger déplacement » est un roman passionnant, bien écrit et structuré, musical et chargé d’émotion ; le style est fluide, précis et concis. L’action se déroule dans un climat mélancolique : beaucoup de larmes mais « La joie venait toujours après la peine » (Apollinaire cité par Marie Sizun)… L’analyse psychologique des personnages, objective et minutieuse, amène Ellen à ajuster insensiblement, au prix d’un léger déplacement, ses pensées à la réalité…
Texte très vivant, empreint de lumière, de douceur, de tendresse, d’humanité. Descriptions poétiques : ciels d’été, ciels d’hiver, évocation d’une toile de Monet (Plage normande) au Musée d’Orsay… , ici comme toujours, Marie conjugue, avec art, littérature et peinture… Au cours de sa semaine parisienne, Ellen a pris conscience de l’étrange interférence des souvenirs, ceux de la maison, ceux de son amour pour Ivan :… « les fils des deux histoires se sont croisés, dénoués, révélant une trame qui , jusque-là lui était obscure et dont elle découvre avec le sens, la beauté ».
Magnifique roman qui se lit d’une traite, où Marie Sizun dépeint avec une justesse remarquable la résurgence du passé lointain et la prégnance d’un premier amour.

Yvette Bierry, le 06/01/12