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Nelson Freire, Le secret du piano
EAN13
9782494062016
Éditeur
FUGUE
Date de publication
Langue
français
Langue d'origine
français
Fiches UNIMARC
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Nelson Freire

Le secret du piano

Fugue

Livre numérique

  • Aide EAN13 : 9782494062016
    • Fichier EPUB, avec Marquage en filigrane
    15.99

  • Aide EAN13 : 9782494062061
    • Fichier PDF, avec Marquage en filigrane
    15.99

Autre version disponible

Nelson Freire n’est pas un pianiste comme les autres. Il déchiffre à la
vitesse de l’éclair et possède de prodigieuses facilités techniques. Comme sa
camarade Martha Argerich, il n’a nul besoin de travailler, il joue. Un tel
prodige ne s’explique pas. Concernant les programmes de concert, il met les
nerfs des organisateurs à rude épreuve, car il les modifie sans cesse,
jusqu’au dernier moment où, généralement, il revient aux œuvres prévues
initialement, quitte à en changer l’ordre au moment de jouer. Il n’est pas
conseillé de rester auprès de lui avant le récital. Son trac peut prendre des
proportions démentes. Plusieurs de ses amis ont dû le retenir par les jambes
alors qu’il essayait de s’échapper par la fenêtre quelques minutes avant
d’entrer sur scène. Ses parents n’étaient pas musiciens. Cinquième enfant d’un
pharmacien et d’une institutrice, Nelson a bien failli mourir à la naissance.
Lorsque son énorme tête précédant un corps chétif a surgi, il ne respirait
pas. Son oncle médecin, qui pratiquait l’accouchement, a saisi le bébé par les
jambes et a réveillé ses fonctions vitales par des tapes sur les fesses.
Curieuse manière d’arriver au monde ! Sa mère aimait la musique et avait fait
venir un piano droit d’Allemagne pour que ses filles bénéficient d’une
éducation musicale. C’est en écoutant jouer sa sœur Nelma, de quatorze ans son
aînée, que Nelson s’est pris de passion pour le drôle d’instrument à touches
blanches et noires. Il donne son premier concert à cinq ans à Boa Esperança,
reproduisant d’oreille tout ce qu’il entendait : La vie en rose, La Paloma,
Mademoiselle… L’année suivante, ses parents décident, la mort dans l’âme, de
tout quitter pour s’installer à Rio, la capitale du pays à l’époque, pour que
l’enfant puisse développer ses dons. En quelques semaines, il est déjà une
vedette et joue lors d’un congrès de scientifiques en présence d’Alexander
Fleming, l’inventeur de la pénicilline. « Un génie ! » titra un journal… « Un
cas exceptionnel de précocité », renchérit un autre. Le jeune virtuose ravit
son auditoire avec la Valse « de l’Adieu » de Chopin, la Marche turque de
Mozart, la Rhapsodie hongroise n° 2de Liszt, du Villa-Lobos et même des
extraits du Concerto n° 1 de Tchaïkovski. "Cela devait être comique, s’amuse
le pianiste, car ma main n’arrivait pas encore à l’octave et mes pieds
touchaient à peine les pédales. Mais je m’arrangeais…" Il passera en revue un
certain nombre de professeurs, avant de rencontrer la grande pédagogue Lucia
Branco, qui confiera le pianiste de 7 ans à l’une de ses élèves, Nise Obino. »
Par amour pour cette femme de 32 ans, Nelson accepte de tout recommencer.
Nelson Freire a toujours gardé la lumière de ce coup de foudre, qui ne s’est
pas éteint avec la disparition de Nise Obino, en 1995. Chopinien aguerri dès
l’âge de 11 ans – il jouera et gravera les œuvres du compositeur tout au long
de sa carrière –, il devient, en 1957, lauréat du premier concours
international de Rio de Janeiro avec le Concerto Empereur, de Beethoven, joué
devant les trois grandes dames du piano que sont alors Marguerite Long
(1874-1966), Lili Kraus (1903-1986) et Guiomar Novaes (1895-1979). En 1959,
une bourse l’expédie à Vienne. Mais la capitale autrichienne le glace. Aux
cours de Bruno Seidlhofer (1905-1982), il préfère les cafés, les concerts et
les causeries entre compatriotes. C’est là qu’il rencontre, comme lui exilée,
têtue, géniale, imprévisible, l’Argentine Martha Argerich. Reconnaissance
mutuelle « avec quelques mots, mais, surtout, des regards, des sourires ». Les
deux ne se quitteront plus, formant au clavier un extraordinaire duo siamois,
qui publiera, notamment, en 1983, chez Philips, une Deuxième suite pour deux
pianos de Rachmaninov restée dans les annales. A 20 ans, Nelson Freire reçoit
la médaille Dinu Lipatti à Londres et remporte le concours Vianna-da-Motta à
Lisbonne. « J’ai enfin commencé ce qu’on appelle une carrière, gravé mes
premiers disques chez CBS, en 1967. Et découvert qu’on pouvait gagner de
l’argent en jouant du piano. » En 1972, ses Préludes de Chopin, parus chez
CBS, lui vaudront le prix Edison. Suivront les concertos de Schumann, Grieg,
Tchaïkovski ; en 1995, ceux de Liszt, couplés à une légendaire Totentanz avec
Rudolf Kempe (1910-1976) (Berlin Classics). En 2006, les deux Brahms, avec
Riccardo Chailly et l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig (Decca) – une
référence. Personnalité éprise de liberté, Nelson Freire sera resté jusqu’au
bout allergique à certaines choses. Les intégrales discographiques, les
programmes de concerts décidés deux ans à l’avance, l’acculturation
progressive des jeunes pianistes et, surtout, les rapports humains qui sonnent
faux. Sous des dehors bon enfant, l’homme est un passionné. Comme son piano.
Finesse d’un toucher quasi surnaturel, profondeur de poète et cette façon de
faire de la musique une improvisation permanente resteront comme autant de
leçons de vie. Olivier Bellamy livre ici une biographie vivante et sensible de
ce pianiste exceptionnel, trop tôt disparu le 30 octobre 2021.Journaliste et
écrivain, Olivier Bellamy a animé pendant quinze ans la quotidienne "Passion
Classique", de 18 à 19h, sur Radio Classique, plusieurs fois primée. Il est
aujourd’hui grand reporter à Classica et collaborateur régulier à La Revue des
Deux Mondes. Il est l’auteur de plusieurs livres sur la musique, dont les
Dictionnaires amoureux du Piano (Prix Pelléas), et de Chopin, ou Un hiver avec
Schubert. Sa biographie de la pianiste Martha Argerich a été traduite dans une
dizaine de langues.
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