Amants et voleurs
Éditeur
La Gibecière à Mots
Date de publication
Langue
français
Fiches UNIMARC
S'identifier

Amants et voleurs

La Gibecière à Mots

Offres

  • AideEAN13 : 9782374636252
    • Fichier EPUB, libre d'utilisation
    • Fichier Mobipocket, libre d'utilisation
    • Lecture en ligne, lecture en ligne
    • Fichier PDF, libre d'utilisation
    1.99
**Tristan Bernard** (1866-1947)

"– Simon, vous ne serrez pas votre distance, vous serez consigné deux kummels.

J’étais habitué à cette plaisanterie que me faisait au manège le brigadier
Merlaux. Il avait adopté cette forme elliptique, les deux jours de consigne
qu’il me donnait étant généralement levés à la cantine. Ce qui m’ennuyait le
plus, ce n’était pas d’offrir deux kummels, c’était d’être obligé d’en boire
un.

Nous étions une douzaine à la file dans le manège vaste et sombre. Avec nos
bourgerons mal tirés et nos ceinturons de cuir, nous ressemblions à de grands
enfants. Juché sur ma jument Lunette, les pieds pendants, faute d’étriers,
j’étais partagé entre la crainte d’être puni et la préoccupation de ne pas
amener les naseaux de Lunette trop près de la croupe de Franchise, qui ruait.

L’officier chargé des élèves-brigadiers était parti ce jour-là de bonne heure,
et notre maréchal des logis n’avait pas tardé à le suivre. Cette double
défection lui donnant le pouvoir suprême, le brigadier Merlaux avait quitté la
tête de la reprise et s’était placé au centre du manège. Nous continuions à
trotter sans étriers. Quelques-uns d’entre nous, impatients et autoritaires,
soufflaient au brigadier le commandement : Au pas !... Mais il restait les
yeux fixés sur la baie du manège, et disait entre ses dents :

– Un instant, nom de Dieu ! Le sous-officier est encore dans la cour !...

– Au pas ! tas de veaux ! nous dit-il un instant après. Feignants de malheur,
qui ne veulent rien savoir pour aller cinq minutes au trot sans étriers ! Du
temps que j’ai fait mes classes, tu parles que l’on pilait pendant des trois
quarts d’heure, et c’est rare si nos gradés, à nous, étaient des poires comme
moi, et s’ils nous avaient à la bonne !"

Recueil de 15 nouvelles.

15 portraits, peints avec humour, de fripouilles, d'assassins et de voleurs...
L'humanité selon Tristan Bernard...
S'identifier pour envoyer des commentaires.