Vers Ispahan
Éditeur
La Gibecière à Mots
Date de publication
Langue
français
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Vers Ispahan

La Gibecière à Mots

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  • AideEAN13 : 9782374636955
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    1.99
**Pierre Loti** (1850-1923)

"Qui veut venir avec moi voir à Ispahan la saison des roses, prenne son parti
de cheminer lentement à mes côtés, par étapes, ainsi qu’au moyen âge.

Qui veut venir avec moi voir à Ispahan la saison des roses, consente au danger
des chevauchées par les sentiers mauvais où les bêtes tombent, et à la
promiscuité des caravansérails où l’on dort entassés dans une niche de terre
battue, parmi les mouches et la vermine.

Qui veut venir avec moi voir apparaître, dans sa triste oasis, au milieu de
ses champs de pavots blancs et de ses jardins de roses roses, la vieille ville
de ruines et de mystère, avec tous ses dômes bleus, tous ses minarets bleus
d’un inaltérable émail ; qui veut venir avec moi voir Ispahan sous le beau
ciel de mai, se prépare à de longues marches, au brûlant soleil, dans le vent
âpre et froid des altitudes extrêmes, à travers ces plateaux d’Asie, les plus
élevés et les plus vastes du monde, qui furent le berceau des humanités, mais
sont devenus aujourd’hui des déserts.

Nous passerons devant des fantômes de palais, tout en un silex couleur de
souris, dont le grain est plus durable et plus fin que celui des marbres. Là,
jadis, habitaient les maîtres de la Terre, et, aux abords, veillent depuis
plus de deux mille ans des colosses à grandes ailes, qui ont la forme d’un
taureau, le visage d’un homme et la tiare d’un roi. Nous passerons, mais,
alentour, il n’y aura rien, que le silence infini des foins en fleur et des
orges vertes.

Qui veut venir avec moi voir la saison des roses à Ispahan, s’attende à
d’interminables plaines, aussi haut montées que les sommets des Alpes,
tapissées d’herbes rases et d’étranges fleurettes pâles, où à peine de loin en
loin surgira quelque village en terre d’un gris tourterelle, avec sa petite
mosquée croulante, au dôme plus adorablement bleu qu’une turquoise ; qui veut
me suivre, se résigne à beaucoup de jours passés dans les solitudes, dans la
monotonie et les mirages..."

En avril 1900, à son retour des Indes, Pierre Loti décide de traverser la
Perse, afin de visiter Ispahan, la cité millénaire qui fut un temps la
capitale de l'Iran.
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