La nébuleuse de l'insomnie
EAN13
9782267023626
ISBN
978-2-267-02362-6
Éditeur
Christian Bourgois
Date de publication
Collection
Littérature étrangère (1)
Nombre de pages
346
Dimensions
20 x 12 x 0 cm
Poids
306 g
Langue
français
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La nébuleuse de l'insomnie

Christian Bourgois

Littérature étrangère

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À force d’obstination, un homme brutal et dénué de scrupules parvient à constituer un vaste domaine agricole, avec l’indéfectible soutien de son contremaître. C’est en patriarche despotique qu’il gouverne son monde : les paysans soumis comme des bêtes ; les bonnes qui s’affairent dans la cuisine et se plient à ses caprices ; son fils qu’il juge bon à rien et qui ne pense qu’à fuir au galop jusqu’au bourg voisin ; ses deux petits-fils, « l’idiot », tout aussi méprisé que son père, et le favori, à qui l’héritage est promis.
Mais, désormais, la splendeur du domaine n’est plus qu’un lointain souvenir. Le blé et le maïs ne poussent plus, les milans ont déchiqueté les dernières chèvres, la lagune et la frontière demeurent introuvables et plus aucun visage ne se reflète au fond du puits. Dès lors, il ne reste plus qu’à explorer – ou à réinventer ? – les décombres du passé. Écouter cette multitude de voix fielleuses ou déchirantes dont l’écho estompé réussit encore à troubler le silence de la nuit, cette « nuit qui s’épaissit en nous effaçant ».
Le livre comprend trois parties de cinq chapitres chacune.
Dans les deux premières, le récit est pour l’essentiel à la charge de « l’idiot », le petit-fils dédaigné. On fait d’abord connaissance avec les principaux protagonistes du récit : le grand-père atrabilaire ; le contremaître de toute éternité dévoué à son patron ; le fils à la fois répudié par le patriarche et délaissé par sa femme qui lui préfère le commis ; les deux petits-fils qui semblent être les derniers survivants de ce monde rongé par la déchéance. Dans cette microsociété rurale, tous les rapports sont placés sous le signe de la violence. On fracasse la cheville d’un employé récalcitrant à coups de maillet, on enfonce dans les côtes d’une épouse en fuite des aiguilles à crochet, on tire sur le curé médisant, on renonce à la vie en avalant du fongicide, on démembre à coups de sarcloir, on égorge, on étrangle, on se pend…
Dans la seconde partie, depuis l’hôpital dans lequel il a été interné pour autisme, « l’idiot » poursuit son récit : lambeaux de souvenirs, divagations de malade ou œuvre d’un démiurge ostracisé ? Difficile de trancher. D’autant qu’à l’en croire, c’est son frère qui serait le véritable auteur des lignes qu’on lit.
La troisième et dernière partie donne la parole à plusieurs narrateurs, qui vont compléter ou contredire ce qu’on croyait savoir jusqu’ici : Maria Adelaide, amour d’enfance de l’idiot et épouse de son frère ; le commis, l’un des nombreux bâtards du patriarche et le vrai père de l’autiste ; la vieille cousine Hortelinda qui, avec son petit chapeau à voilette et ses giroflées, joue un peu le rôle du nautonier Charon pour la famille ; le fils du patriarche déconsidéré par tous ; et, enfin, le frère de l’autiste.

« Il s’agit probablement du roman le plus réussi de Lobo Antunes : le texte est condensé sans excès (aucune graisse, aucune concession) et il transmet efficacement le timbre singulier et profond de la voix de l’auteur, un récit insidieusement répétitif, sans jamais être rébarbatif, et toujours poétique. Le lecteur comprend que la grande littérature, comme ce que disait Victor Hugo au sujet de la musique, “c’est du bruit qui pense.” La cadence narrative dévoile, avec une splendeur touchante, un auteur obstiné par la quête de la géométrie juste, qui recherche méticuleusement (je dirais presque compulsivement) la mesure des mots. Voilà toute la maîtrise d’un écrivain qui est au service de la psychologie de ses personnages (il suffit de voir la symphonie à cinq voix qui constitue la troisième partie). » (Filipa Melo, Ler)

« La nébuleuse de l’Insomnie est habité par une polyphonie de spectres, qui sonne comme une mélodie risquée de phrases et de sons syncopés et crispés, des agents dévorant la partition textuelle elle-même, qui parvient malgré tout à survivre. […] Nous revient à l’esprit Le Bruit et la Fureur de William Faulkner, que Lobo Antunes affirme lire de moins en moins mais dont il ne pourra pas fuir l’héritage littéraire. […] Mais si, comme dans Le Bruit et la Fureur, il y a dans La nébuleuse de l’Insomnie une famille décadente et un « idiot » à qui on donne une voix, des comparaisons plus poussées sont risquées. Dans ce dernier texte, les voix se mélangent (une seule, peut-être ?), le rythme délirant est omniprésent, l’hallucination ne se distingue pas du réel, et les vivants et les morts échangent leurs rôles, se brouillant les uns dans les autres, dans des vieilles photos sans futur. Les mots, naturellement, se heurtent, s’interrompent et tournoient, indifférents aux règles de l’identité, de la linéarité, indifférents à la paresse du lecteur […]. Le style est expurgé du réalisme, simple prétexte imagé pour un exercice de langue radical : onirique, juste, cruelle (la mort, le sexe et le crime tâchent La nébuleuse de l’Insomnie), elle n’est jamais désincarnée, à l’image de la musique, qui est l’art le plus rationnel et le plus sensuel. » (Ana Cristina Leonardo, L’Expresso)

« Ce qui rend véritablement émouvant ce roman est la virtuosité de cette écriture adaptée de manière efficace au souffle et à la rigueur rythmique d’une grande poésie : particulièrement réussie dans son ton infatigablement élégiaque et dans sa cadence – qui n’est pas majestueuse mais relâchée - de psaume incantatoire et addictif. » (Maria Santos, Público)
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